Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 13:38

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1 – Apologie de l'excès

 

Black Swan : chef d'oeuvre absolu d'Aronofsky, intense et vénéneux. Natalie Portman, élevée en icône sexuelle, fragile, malade, déchire l'écran pour conquérir sa part d'ombre, dans la fièvre et dans le sang.

 

Tree of Life : transe mystique élevée au rang du cinéma, avec tout ce que cela comporte de rituels, de croyances et de bêtise humaine. Terrence Malick remonte le temps jusqu'à la source de ses mystères, sniffe la lumière et se perd dans l'aveuglant de l'inconnu.

 

Bilan : l'hystérie artistique, du côté de l'ombre ou de la lumière, est l'avenir du cinéma.

 

 

2 – Les méthodes inoffensives

 

A dangerous method : en s'emparant du mythe de Freud, Cronenberg semblait posséder son œuvre la plus profonde et tortueuse. Erreur d'analyse : le film, loin de Faux-semblants, préfère l'académique au magistral, la reconstitution d'époque à l'opéra halluciné. En se voulant didactique, il oublie que le cinéma est une pédagogie en soi. Reste le personnage de Jung, aux frontières du romanesque. Fassbender est l'acteur de 2011, loin devant Ryan Gosling.

 

Bilan : Aronofsky a tout bouffé, tout avalé du génie de Cronenberg et l'a tué.

 

 

3 – Nolan rises

 

The Dark Knight Rises : le film le plus attendu de 2012. Les premières minutes, ébouriffantes, ridiculisent Tom Cruise en montrant le nouveau méchant (Tom Hardy) s'évader d'un avion en plein vol. Beaucoup de buzz, d'effervescence pour une suite qui a peu de chances d'égaler le ténébreux, désespéré Dark Knight.

 

Bilan : la punition de la stratégie du bulldozer (Inception), c'est qu'il faudra taper toujours plus fort. Enfin une méthode dangereuse.

 

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Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : Les anciens d'AlloCiné
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 17:10

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On n'apprend pas à Scorsese ce qu'est le cinéma. Dans Hugo Cabret, il le revisite, le réinvente. Le film en lui-même est niais à en tomber par terre, mais il est porteur d'une telle force de cinéma, de tant de promesses, qu'on ne peut pas passer à côté.


Sur fond de conte pour ceux qui croient encore au père noël, le film se déploie littéralement dans l'espace, en explore tous les degrés et tous les angles, révolutionne ses codes par le prodige de la 3D. Trois plans font instantanément entrer Hugo Cabret dans l'histoire du cinéma : le premier, où Sacha Baron Cohen approche son visage jusqu'à effleurer le spectateur, marque le prolongement de l'écran, sa transcendance. La 3D Haribo, quoi. Odyssée d'une image. Le deuxième, course vertigineuse jusqu'au sommet de l'horloge, défie les lois de profondeur du champ. Le troisième, où Ben Kingsley fait son speech, marque enfin la disparition totale de l'écran (effet hologramme). Toute la technique du film rassasie jusqu'à l'étourdissement, blindé en travellings monumentaux et autres mouvements de caméra grandioses.


Sur certains niveaux de lecture, Hugo Cabret rappelle le Prestige de Nolan (mais il est loin d'en dégager toute la fascination) : les deux font le lien avec la complexité magie/artifice, rêve/réalité, les deux imbriquent le fond et la forme dans un jeu de renvois permanents, circulaires, entre l'histoire et l'écran, entre le film lui-même et le cinéma tout entier. Sur cette structure méta-cinématographique, Scorsese joue (comme un enfant) avec la mécanique profonde du septième art, veut en explorer tous les rouages. L'hommage à Méliès est magnifique. Scorsese s'incline devant les anciens tout en ouvrant d'autres portes, l'effet d'écho assurant la continuité dans la rupture. Le film, qui ne raconte pas autre chose que la découverte (imagée) du cinéma par un enfant abandonné sans rêves, est une parfaite synthèse entre le cinéma d'hier et de demain. C'est rétro et innovant.


On regrette que l'intrigue soit si molle, si faible, si chiante. Tout le film repose sur la maîtrise (mécanique) de l'horlogerie cinématographique. Entre tours de magie et désillusions, on ressort de cette expérience la pupille dilatée en grand, pas mal d'étoiles dans les yeux.  

        3 étoiles

Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : 1 article = 1 film
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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 22:05

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Esthétiquement, Shame est un sans-fautes. Chaque plan, chaque regard est d'une élégance, d'une intensité rare. Périple stylé de la tourmente, le film électrise de bout en bout sans toutefois parvenir à crever la glace, à déchirer l'écran.


Shame ne justifie pas son titre tant que ça. Eyes Wide Shut, le plus mystique et le plus troublant des Kubrick, allait tellement plus loin, sondait tellement plus profond, filait le strident des violons jusqu'à effleurer des contrées enfouies, inexplorées. La scène où Tom Cruise, perdu quelque part entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, découvre son visage devant une foule de masques mystérieux, en suggérait tellement plus sur le sujet alors qu'il en montrait beaucoup moins. C'est tout l'inverse dans Shame, où les corps sont largement exposés (Michael Fassbender le premier), le sexe étant néanmoins filmé avec une grâce exceptionnelle. Transporté par une musique grave, Fassbender, sombre ou lumineux, ne se met pas seulement à poil, il se livre réellement à la caméra, semble brûler de l'intérieur, avec ce sens de la retenue qui depuis X-men (sans jeu de mots) le rend si magnétique. Son personnage, Brandon, ne semble pas fondamentalement mauvais, seulement perdu dans (par) cette ville qu'il parcourt de long en large (surtout en long), bouffé, dévoré par le cercle vicieux du désir et de la consommation. Incapable de trouver du sens, il est voué à la répétition de la même histoire, de la même conquête, du même coup de rein.


Dommage que la lenteur du film, qui lui donne paradoxalement toute sa force de pesanteur, empêche l'exercice de devenir chef d'oeuvre. Shame se consume/consomme en permanence mais ne s'enflamme jamais totalement, comme prisonnier de sa texture de papier-glacé. Peut-être aurait-il fallu craquer, tout péter, violer le style pour le transcender encore.

 

4 étoiles

Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : Les anciens d'AlloCiné
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 23:26

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Le nouveau film d'Olivier Marchal est une bombe parce qu'il le veut bien. Sa force tient dans sa propre mise en scène, dans le toupet qu'il a de s'admirer lui-même dans le miroir : il n'a pas de réelle envergure, mais il est habité par la rage de jouer dans la cour des grands. Morceau à la grande gueule, Les lyonnais est bâclé et puissant.

 

Le film souffre d'une confusion globale, dans l'écriture comme dans le montage. C'est cette maladresse cinématographique, cette buée d'imperfection, qui lui donne toute son énergie : le film génère, de par son bordel narratif, des élans et des envolées plus ou moins efficaces. Les Lyonnais est un torrent de flashes-back et de clichés complètement imbibés de fascination des films du genre (le magistral Parrain en tête dans une scène du début), en permanence sur les traces d'un Romanzo Criminale à la française, à la provinciale, à l'artisanale. Les lyonnais raconte toute une vie, embrase une existence. De Romanzo Criminale, le film en a retenu tout l'enracinement romanesque : Gérard Lanvin, en vieux lion à la crinière blanchie par le temps qui passe, incarne un gangsta gitan comme on en fait plus, voyou aux valeurs chevaleresques, forte gueule le regard plein d'humilité. Au-delà du poseur des règlements de comptes (percutants), le film est traversé par cette chaleur, cette fraternité, fut-elle superficielle (mais elle deviendra bien la clef du scénario), qui donnent à l'intrigue toute sa saveur. Les lyonnais a donc ce côté feuilleton français, mais l'assume pleinement dans un style vintage rustique et flamboyant.

 

Film brut et canon, inspiré des éternels fantasmes de mecs en soif d'aventure, Les lyonnais a le vibrant, le stylé du genre qu'il représente. Il recherche la grandeur, la noblesse des icônes de tout un pan du cinéma qu'il n'atteindra jamais, mais sa poursuite déterminée, acharnée de ces sommets le rend si nostalgique, si furieux, tellement volontaire. On a kiffé notre race.

 

    3 étoiles et demi

Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : Les anciens d'AlloCiné
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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 14:21

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Si le temps c'est de l'argent, les deux heures de Time Out méritent-elles de lâcher 7 euros ? Le nouveau film d'Andrew Niccol, en élégant ratage, a un synopsis qui le tire vers le haut, un scénario qui le tire vers le bas. Niccol a mal dosé l'alchimie continuité/innovation, savant équilibre entre le banal et l'original, qui fait la force des grandes oeuvres de la science-fiction. Totalement formaté, impersonnel, Time Out était pourtant du genre à reposer sur des putain d'idées.

 

Time Out est moins un univers inventé (demain) qu'une critique d'inspiration marxiste (aujourd'hui) – mais il ne pète qu'à des années-lumières du grand Metropolis. Critique du système qui s'imagine moins qu'elle s'image. En remplaçant (assez bêtement) l'argent par le temps, Niccol inverse donc le processus pour mieux le dénoncer, l'argent qui s'accumule (positivement, à l'infini) laissant la place au compte à rebours du temps qu'il reste à vivre (négativement, à reculons vers l'échéance). Procédé fin et assez spectaculaire, qui laisse le champ libre à de jolies scènes de course contre la montre, de bras de fer contre la mort. L'intelligence de Time Out est donc d'exprimer sa critique par des outils purement cinématographiques, ce classique suspense du chronomètre : quoi de plus clair, de plus explicite que de voir ces ouvriers survivre à la seconde près, gagnant à peine de quoi exister jusqu'au lendemain. Les pauvres courent, volent, crèvent à vingt ans, pendant que d'autres jouent des siècles, des millénaires au poker (l'ordre est l'amoral).

 

Conte de fées ou conte de faits, tout-public, sur fond de lutte des classes, Time Out est le Robin des Bois du futur, emporté par un Timberlake en forme dans un univers mille fois trop fade. Construit autour du paradoxe de la monnaie (mesure/démesure), le moyen qui mangera toutes les fins, il gribouille des paradoxes bien actuels (perdre sa vie à la gagner) et expliquera sagement à vos enfants qu'il faut cueillir le jour comme les fragiles pétales d'une rose. Ne braquez pas trop les banques quand même. Si vous avez le temps, si vous avez l'argent...      2 étoiles

Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : 1 article = 1 film
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« Quand un film a de la substance ou de la subtilité, on ne peut jamais en parler de manière complète. C’est souvent à côté de la plaque et forcément simpliste. La vérité a trop de facettes pour se résumer en cinq lignes. Généralement, si le travail est bon, rien de ce qu’on en dit n’est pertinent. » Stanley Kubrick

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