Si A dangerous method (dangerous mon cul) trahissait l'incapacité à transformer en puissance cinématographique un fond conceptuel (bataille d'idéologies entre les deux pères de la psychanalyse), Cosmopolis évoque l'impuissance inverse : le baratin philosophique douille pour s'élever au niveau de maîtrise de l'esthétique.
Après le détour raté (chiant) de la reconstitution historique, Cronenberg revient donc en force et s'applique à reconstituer ce qu'il sait le mieux faire – des ambiances.
Quitte à foirer la cohérence fond/forme, autant que ce soit à l'avantage de la forme.
Patte de l'auteur qui dépasse de loin le pompeux des dialogues : le cinéma a son langage que le langage ignore... Cosmopolis brille par sa plastique irréprochable, par sa texture sombre et sourde, par la figure reptilienne de Pattison qui incarne avec une aisance certaine un salaud de l'Olympe en voie d'auto-destruction.
Aussi Cronenberg assure l'analyse de la déchéance du système financier à travers son propre cinéma : irruptions triviales (une interview qui finit au couteau), sexe à l'intérieur de la voiture rappelant Crash... qui en disent bien plus long que les bavardages conceptuels pour combler les trous.
La critique de l'ultra-libéralisme ne passant donc pas tant par le logos, mais s'exprimant plutôt dans la violence d'un plan cul torride ou dans la pulsion irrationnelle intégrale d'une balle tirée en pleine main.
Quand la force du cinéma se situe encore à mille lieues au-dessus de l'arrogant ciel des idées...
Le cœur du film, le centre du monde, sa tour de contrôle, est évidemment la limousine : à la fois sommet de la domination et cocon protecteur, d'où l'on regarde le monde brûler. Ou l'éternel utérus (toujours une dimension charnelle, biologique chez Cronenberg) qui couve le sale gosse à l'abri de la violence du réel, bulle aussi censée représenter la chrysalide d'où sortirait un Robert Pattinson (au parfait physique d'insecte filiforme de l'emploi) transformé, révélé.
Talent de Pattinson en fait purement plastique, mais dont le regard défoncé traduit bien l'absence de normes du système qui a élevé son personnage, se déréglant au fur et à mesure que le système pète et sombre...
Cité de Dieu qui se révèle être Cité de rats. L'important n'est pas la chute, c'est l'atterissage...
Au bout de la traversée, un exercice brillant (même Pattison s'en tire avec classe) mais qui, faute de bruit et de fureur, n'explose pas en chef d'oeuvre comme il pouvait le promettre.
Jonction fond/forme, qui était le manque de départ, ironiquement trouvée dans la double incapacité de Cronenberg à mener la révolution...
La fin, intense psychologiquement mais socialement inoffensive, symbolisant tout ce qu'on peut reprocher (à tous les niveaux) à ce putain de film : pourquoi n'appuies-tu pas sur la détente ?
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