Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 14:42

26275-gravity-le-film.jpg

 

Vanté partout pour son réalisme, c'est au contraire dans sa dimension onirique, irréelle, symbolique que Gravity transcende et emporte.

 

Certes, la structure du film se calque sur une certain format commercial (survival claustrophobique classique et interminable), mais Cuaron fait tout pour ralentir l'action, laisse traîner les instants de flottements, appréciant le moindre détail, des premiers rayons de soleil au vol d'une larme en apesanteur.

 

Ce qui aurait pu n'être qu'un froid périple de science-fiction se confond avec un rêve torturé, quête psychanalytique, voyage au bout de la nuit et renaissance.

 

Entre la vie, la mort, l'immense et le néant, le traumatisme suit son chemin jusqu'au réveil final, somptueux, où tout éclate, où tout éclot.

 

Citant Méliès et Kubrick, le réalisateur du déjà fort Children of Men joue avec tous les codes traditionnels du cinéma (le son, la caméra, le rythme), le réinvente tout entier.

 

Film intime et total, odyssée de la vie et thriller en apné, Cuaron réussit la synthèse du rythme et de la pure contemplation, comme retenu, happé dans ses élans narratifs par une sourde gravité, une force venue d'ailleurs et qui le dépasse.

 

3 étoiles

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 15:20

Et si La vie d'Adèle dépassait le naïf conte amoureux ?

 

Lecture sociale d'un film sentimental...

 

adel.jpg

 

C'est qu'Adèle est un personnage formidable, complexe et perdu, moche et magnifique à la fois, qui ne semble vouloir rentrer dans aucune case, correspondre à aucune étiquette.

 

Adèle c'est un peu une fille à l'ancienne, qui aime les enfants, la cuisine et les pâtes bolo. Emma c'est une culturo-mondaine (Sartre...), finalement assez capricieuse et superficielle. En cela, Kéchiche a judicieusement choisi la très mauvaise Léa Seydoux...

 

Triste réalité, deux morceaux de femmes, deux faces d'une même pièce, qu'au-delà de leur attirance viscérale tout oppose.

 

La confrontation d'Adèle à cet être aux cheveux bleus, lesbienne issue d'un imaginaire soixante-huitard presque caricatural, est pour elle une chance fantastique de s'élever, autant qu'un tragique accident qui la renverra à ses origines sociales/culturelles.

 

Leur histoire dépasse l'amour et l'homosexualité (dont Kechiche montre très bien comment les tabous pèsent en silence, par de petits riens tous les jours) : c'est quand Emma veut pousser Adèle à rentrer dans son milieu (scène clé des délires philosophiques en soirée où Adèle est mal à l'aise), à adopter ses valeurs (le « tu devrais plutôt écrire... » plein de mépris), que le spectateur comprend que la relation est vouée à l'éclatement.

 

Dans la sueur, dans les larmes et dans la morve, Adèle apprend, vit et devient, ressort de l'épreuve plus grande et plus belle, ne sachant toujours pas vraiment qui elle est, mais semblant avoir intégré dans la douleur le fossé qui la séparait d'un autre monde.

 

3 étoiles et demi

 

 

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 21:20

 

4 – World War Z

 

On aurait pu profiter de l'absence de gore pour approcher certaines frontières (fantômatiques, eschatologiques) et accoucher d'un vrai thriller oppressant, malade, de crise et de fin du monde. On se contentera d'un peu d'action et de la coiffure de Brad Pitt.

 

3 – Star Trek Into Darkness

 

En élève appliqué, Abrams démontre toute son efficacité dans un voyage étoilé. Il faudrait se sortir le sabre-laser du cul et transcender cet académisme lourdingue, défourailler les codes du genre pour dépasser le produit industriel – et, au mépris du danger, avancer vers l'inconnu...

 

2 – Man of Steel

 

Le cri final, après le controversé brisement de nuque, symbolise une innocence perdue, la renaissance d'un personnage qui a un traversé les âges et qui s'est adapté à la violence moderne. Il a fini sa mue, ou il la commence. Dommage que, écrasé entre deux visions du cinéma, le film préfère les dégommages d'immeubles au parcours de souffrance, christique, d'un enfant tombé du ciel.

 

1 – Pacific Rim

 

A partir d'un pur navet sur pattes, Del Toro injecte tout le sérieux et la passion qu'il a dans les tripes afin de donner au film une vraie dimension épique, chevaleresque. Ces combats-là se font sous des torrents de pluie et partent méchament en couille. En exploitant plus profondément les personnages, en se détachant une fois pour toutes des codes ronronnants de films catastrophes, on était à deux doigts de l'œuvre originale et gigantesque.

 

pacific-rim-55-600x323

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 01:31

only-god-forgives-image01

 

Dites-vous que c'est l'esthétique de Drive, mais en beaucoup plus fort. Only God Forgives est plus radical, plus sombre, plus violent.

 

On a dépassé l'exercice de style un peu toc (Drive). On a sombré dans le pulsionnel virtuose.

 

C'est une succession de plans brûlants, solennels, vampirisés par une bande sonore grondante, sentencieuse. Les personnages semblent figés, glacés dans leur élan vers leur propre destruction. La composition monte en tension jusqu'au silence final, jusqu'au dernier tranchement de bras.

 

Transe hypnotique, descente aux enfers ou simple démonstration de puissance d'un boss thaï, le film ne raconte rien mais sculpte chaque mouvement, éveille le bourdonnement des sens, canalise par la maestra du montage la violence qu'il voudrait saisir et magnifier.

 

Une œuvre sensorielle intense, visuellement somptueuse, qui se sert de vagues conflits oedipiens pour sonder des émotions primitives, à l'écran sublimées.

 

Point d'analyse valable, point de cérébral, juste du cinéma dans ce qu'il a de plus brut et de plus épuré.

 

Alors, si only God forgives, qu'il veuille bien pardonner le sacrifice du scénario (sur l'autel du spectacle) - car ici c'est rendez-vous avec le diable. 

4 étoiles

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 11:58

James Bond a beau vieillir (50 piges), les producteurs ne lâcheront pas la poule aux golden eggs.

L'analyse forcée de la saga, son constat nécrologique, accouche alors sur Skyfall : Bond, en scène d'introduction, reconnaît s'être fait flinguer cinématographiquement – ce sera la matrice de son nouveau scénario.

Respectant la symbolique, le générique se lance sur l'image d'un Bond qui coule et touche le fond...

 

What's your hobbie, James ? – Resurection.

 

SkyFall-Daniel-Craig-Warrior-copie-1

 

L'échec assumé de Quantum of Solace servira donc de base marketing pour faire tremplin et reBondir (renaissance).

Les yeux rivés sur Nolan, qui a modifié en profondeur les codes du blockbuster, Sam Mendès tente de s'adapter en pompant allègrement (de son propre aveu !) le Dark Knight : la scène du métro est un copié/collé de celle du bus dans l'opening de Nolan. Même Javier Bardem paraît parodique, prisonnier de son mentor spirituel soudain élevé en icône indépassable, le Joker...

 

Première gaffe, faire du Dark Knight un horizon, un idéal à atteindre alors qu'il fallait le dépasser sans ménagement  car ce qui flingue tout ce qui le précède (tuer le père) appelle à être flingué en retour (boucle générationnelle).

Et car ce qui était la transgression il y a quatre ans encore est devenu la norme – pour transgresser encore il faut monter le niveau, gravir les échelons, aller toujours plus loin.

 

Surtout, c'est oublier, renier comment Casino Royale, précurseur à l'époque, avait déjà fait tout le boulot (même si, en un sens, il ne faisait que se jeter dans la voie débroussaillée en amont par Batman Begins...).

Toute la valeur du film tenait donc dans le fait de jouer avec un coup d'avance : Bond avait anticipé, fait tapis et bluffé tout le monde en jouant la carte du sérieux et de l'intelligence, de la romance et du drame, révolutionnant par l'approfondissement dramaturgique tout le cinéma d'action.

 

Instant historique où les producteurs ont compris que prendre le public pour des consommateurs intelligents, exigeants en un sens, rapportait encore plus d'argent que de les prendre pour des cons – quand le cinémasse (blockbuster) s'est mis à récupérer, dans la douleur, les codes du cinéma d'auteur.

Et la transgression (la profondeur du cinéma d'auteur) devint alors la norme, avec le sombre Dark Knight. Au ciné d'auteur d'invoquer alors toute la puissance de la dialectique pour créer, innover encore...

 

007-21---Casino-Royale-BD-DTS-1080p--2006-.mkv---00002.jpg

 

Puisqu'on remonte le processus de production, tentons d'expliquer ce qui était en train de se passer l'été dernier avec le crépusculaire The Dark Knight Rises.

Il s'agissait chez Nolan de gravir un échelon supérieur en dépassant The Dark Knight, qui lui-même avait enterré Begins : cette fois conquête, épopée d'une dimension sociale inédite dans le secteur du blockbuster – souffle historique et romanesque, qui s'ancre dans son époque et révèle les crises, les aspirations qui l'ont fait éclore.

Quand le cinéma avait les couilles d'annoncer l'orage avant les médias...

Ce projet visionnaire fut un avortement : le dernier Batman vira, à 180°, en film d'action classique (une bombe à désamorcer) et, pire, en résolution de conflits purement individuels/psychologiques (soit la mort du contenu social).

 

Comme quoi on est coincé dans l'oedipe, et à tous les niveaux : incapable de transgresser, de tuer le père (Nolan), James Bond se perd ici dans la mission la plus nase de toute son histoire – sauver M(ère).

L'erreur de Marc Foster dans Quantum of Solace était, déjà, d'avoir voulu résoudre une contradiction pourtant poétiquement posée comme une condition – gâcher un épisode entier pour se rétracter sur le deuil de Vesper, alors que Casino Royale célébrait justement ce deuil impossible comme définition fondamentale du héros (inachèvement moteur), sa matrice, son explication et sa chimère.

Dans Skyfall, on a plutôt le sentiment de gâcher le travail d'une saga entière, en faisant revenir Bond sur les lieux de son enfance pour résoudre sa condition d'orphelin – briser l'aura du mystère sans rien apporter d'épaisseur.

Ou alors, à un niveau supérieur d'analyse, c'est un symbole  celui du retour à la terre et ses racines, pour sauver sa patrie (ici la Mère) et combattre la menace globale, mondialisée, informatisée, monstre sans limites...

 

Episode qui a le mérite de la crise d'adolescence, de l'ébullition créatrice des errements et des métamorphoses  sensation d'un cycle qui se boucle, qui montre ses limites aussi pour annoncer sa sublimation prochaine, la venue d'un temps nouveau (dont le messie serait Nolan, déjà en discussions pour sauver la franchise, la guider vers d'autres sommets)...

 

Malgré sa subtilité, l'enjeu majeur de ce film se limiterait donc au cordon ombilical (moi/maman) : un film entier, film boucle et transition, pour que la saga comprenne qu'il est temps de grandir, de maturer vers l'âge adulte.

Le final, avec le complexe d'oedipe résolu par le remplacement d'un nouveau M, figure cette fois paternelle, promettant peut-être le passage à un stade supérieur, pleinement ouvert sur le monde extérieur et ses chaos.

Alors, James Bond reviendra...

 

daniel-craig-as-james-bond-in-skyfall-2012.jpg

 

Là où Mendes foudroie vraiment tout le champ du blockbuster, c'est sur un aspect typiquement d'auteur et encore jamais foulé par Nolan – la photographie. Plans somptueux, ravissants, cadrages et mouvements d'une propreté impeccable, Sam introduit le soin dans le mainstream, et déploie dans certaines scènes virtuoses toute sa maîtrise de la montée en tension.

C'est toute l'histoire du blockbuster qui bascule lors de ces quelques mots de poésie, purs moments d'héroïsme, récités sur un montage alternatif emphatique, James Bond courant vers son destin face caméra... 

 

Avec la (petite) révolution esthétique, on a franchi un nouveau pas dans le processus historique de sérieux qui transforme les codes du blockbuster en profondeur.

Aux autres de plier, suivre le tracé, et aux hardis d'avancer encore pour monter toujours plus haut dans le ciel, toucher du doigt le grandiose avant que tout fatalement ne s'effondre  Skyfall.

 

B23_09073_rV2-copie-1.jpg  

 

3 étoiles et demi

 

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 12:38

laurence-anyways-2012-2010-4-g

 

Après deux films d'échauffe, le premier ayant indéniablement plus de contenu et de fureur que le deuxième (pourtant plus enthousiasmant techniquement), Dolan s'attaque enfin à un vrai projet de gueule et d'envergure.

 

Le film de gay, qui n'a plus grand chose de transgressif désormais, laisse la place au film de trans autrement plus osé, original et tabou.

Première réussite du film : Melvil Poupaud donne sympathie et consistance à un rôle que Louis Garrel aurait massacré d'un regard.

 

Transformation progressive, accomplissement et déchéance, d'un mec qui a eu les couilles de ne plus les porter.

 

Véritable tour de force du scénario, qui dépasse les limites du logiciel de Dolan (toujours coincé dans son œdipe : Poupaud joue quand même un pleurnichard qui ne cesse de coller sa mère) et qui transcende ce héros/cette héroïne dans la trajectoire, sublime, d'un couple en péril.

De A à Z, de la genèse au déchirement, le film ravage dix années d'amour et de haine, de glorieux sommets et de douloureux échecs. C'est profond, inspiré, épique, fatal.

 

Volant la vedette à Melvil, Suzanne Clément, héroïne dolanienne totale (filmée sous toutes les coiffures, de dos ou au ralenti, sous la douche ou se prenant des trombes d'eaux sur le canap) est totalement éblouissante, elle crève l’abcès, elle crève l'écran.

 

Une question idéologique cependant : droit à la différence ou droit à l'indifférence ?

Scène insupportable où une pauvre serveuse s'en prend plein la gueule pour avoir posé une question : ou comment, en pensant s'en émanciper, rester prisonnier de la tyrannie du conformisme...

Après tout, c'est vrai que c'est spécial - pourquoi ne pas revendiquer la trangression plutôt que la norme ?

 

C'est un peu capricieux, bourgeois aussi (univers chic), beaucoup trop long (problème de construction dramatique), mais qu'est-ce que c'est beau : sens du cadre poussé à la perfection, jusqu'à l'ivresse peut-être, couleurs pop et costumes savants, musiques entraînantes sur images découpées, sculptées dans la fulgurance de l'instant.

 

Du Dolan anyways, mais du Dolan à son meilleur.

 

4 étoiles

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 23:15

the-dark-knight-rises-4a.jpg

 

The Dark Knight Rises... Rises surtout au box-office...      

 

3 étoiles et demi

 

Défi dangereux, courageux en un sens, vu le succès du précédent volet, d'emmener Batman se perdre vers d'autres sommets, se briser une dernière fois pour se relever, se révéler encore.

Nolan, futé, esquive ainsi le piège tendu – et auxquels tous les producteurs se précipitaient la tête la première – de réutiliser la recette Dark Knight avec un autre taré (pingouin, homme mystère ?) qui se serait, fatalement, écrasé sur l'ombre d'Heath Ledger.

 

Incroyablement ambitieux, pointant vers d'autres trajectoires, ce film s'annonçait plus excitant que tout ce qui avait été fait auparavant dans le champ des super-héros : Nolan se comparait déjà à Dickens (A Tale of Two City) et Lang (Metropolis), le furieux Bane censé incarner le Robespierre qui ferait tout péter, sondant les profondeurs du rôle d'un Batman alors forcé de se réinventer.

 

Désillusion révolutionnaire : The Dark Knight Rises, loin de tout basculer, reprend la trame de la moins bonne moitié de Batman Begins et, à force de vouloir tout relier, perd ses plumes dans un odieux bricolage de flashes-back.

Lorsque la première partie du film (plus polar, très réussie) se clôt, tout l'enjeu se concentre alors, notez la symbolique, sur le désamorçage d'une grosse bombe...

 

Constat badant : l'épisode le plus riche en spectacle et en émotions est aussi le plus pauvre en contenu.

Déception de voir dépasser de vieilles ficelles dans l'histoire, amplement comblée par un embrasement symétrique du récit – montée en tension, explosion de l'action dans un Gotham au fond du gouffre.

 

Blockbuster intégral (mais sérieux) qui n'hésite pas à puiser dans les recettes habituelles de fin de trilogie, sauvé par deux nouveaux persos formidables : l'intuitive Anne Hathaway, féline jusque dans ses mouvements, et surtout Tom Hardy, titanesque, qui écrase l'écran par sa voix surtravaillée.

Bane, pure brute à l'esprit froid mais fin, procure au spectateur ce rare sentiment d'insécurité physique – colosse enragé qui partage avec Batman la tragédie fondamentale du masque comme solution.

 

Alors que le film démarre en trombe, avec prologue canon et installation de l'intrigue par un Nolan en pleine possession de ses capacités (il y a du Dom Cobb dans Catwoman, il y a du Howard Hughes dans Bruce Wayne), l'arrivée en prison vire au bordel scénaristique, sensoriellement puissant mais truffé d'incohérences, de facilités et de twists ringards.

 

Déception de luxe justifiée par le fait que Nolan avait mis haut la barre avec la rigueur extrême, maladive du scénario d'Inception, programme lancé comme une machine à toute allure et au déroulement mécanique, inexorable, grandiose.

Mais Following, lui aussi écrit exclusivement par Nolan, était déjà parfaitement rôdé, au climax fort, précis et sans fioritures...

 

De ce bulldozer marketing vrombrissant restera, peut-être, ces images évocatrices d'un Wall Street mis à sac, de tribunaux populaires à l'arrache, d'un drapeau américain en lambeaux.

Quant à la fin de The Dark Knight Rises, elle est    

    nooooir 

 

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 03:16

cosmopolis-photo-4fbf83e75431f-copie-1

 

Si A dangerous method (dangerous mon cul) trahissait l'incapacité à transformer en puissance cinématographique un fond conceptuel (bataille d'idéologies entre les deux pères de la psychanalyse), Cosmopolis évoque l'impuissance inverse : le baratin philosophique douille pour s'élever au niveau de maîtrise de l'esthétique.  

Après le détour raté (chiant) de la reconstitution historique, Cronenberg revient donc en force et s'applique à reconstituer ce qu'il sait le mieux faire – des ambiances.

Quitte à foirer la cohérence fond/forme, autant que ce soit à l'avantage de la forme.

 

Patte de l'auteur qui dépasse de loin le pompeux des dialogues : le cinéma a son langage que le langage ignore... Cosmopolis brille par sa plastique irréprochable, par sa texture sombre et sourde, par la figure reptilienne de Pattison qui incarne avec une aisance certaine un salaud de l'Olympe en voie d'auto-destruction.

Aussi Cronenberg assure l'analyse de la déchéance du système financier à travers son propre cinéma : irruptions triviales (une interview qui finit au couteau), sexe à l'intérieur de la voiture rappelant Crash... qui en disent bien plus long que les bavardages conceptuels pour combler les trous.

La critique de l'ultra-libéralisme ne passant donc pas tant par le logos, mais s'exprimant plutôt dans la violence d'un plan cul torride ou dans la pulsion irrationnelle d'une balle tirée en pleine main.

Quand la force du cinéma se situe encore à cent lieues au-dessus de l'arrogant ciel des idées...

 

Le cœur du film, le centre du monde, sa tour de contrôle, est évidemment la limousine : à la fois sommet de la domination et cocon protecteur, d'où l'on regarde le monde brûler. Ou l'éternel utérus (toujours une dimension charnelle, biologique chez Cronenberg) qui couve le sale gosse à l'abri de la violence du réel, bulle aussi censée représenter la chrysalide d'où sortirait un Robert Pattinson (au parfait physique d'insecte filiforme de l'emploi) transformé, révélé.

Talent de Pattinson en fait purement plastique, mais dont le regard défoncé traduit bien l'absence de normes du système qui a élevé son personnage, se déréglant au fur et à mesure que le système pète et sombre...  

 

Au bout de la traversée, un exercice brillant (même Pattison s'en tire avec classe) mais qui, faute de bruit et de fureur, n'explose pas en chef d'oeuvre comme il pouvait le promettre.

Jonction fond/forme, qui était le manque de départ, ironiquement trouvée dans la double incapacité de Cronenberg à mener la révolution...

La fin, intense psychologiquement mais socialement inoffensive, symbolisant tout ce qu'on peut reprocher (à tous les niveaux) à ce putain de film : pourquoi n'appuies-tu pas sur la détente ?  

    3 étoiles

 

 

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 13:38

1621767 3 4d6c a-dangerous-method-de-d-cronenberg

 

1 – Apologie de l'excès

 

Black Swan : chef d'oeuvre absolu d'Aronofsky, intense et vénéneux. Natalie Portman, élevée en icône sexuelle, fragile, malade, déchire l'écran pour conquérir sa part d'ombre, dans la fièvre et dans le sang.

 

Tree of Life : transe mystique élevée au rang du cinéma, avec tout ce que cela comporte de rituels, de croyances et de bêtise humaine. Terrence Malick remonte le temps jusqu'à la source de ses mystères, sniffe la lumière et se perd dans l'aveuglant de l'inconnu.

 

Bilan : l'hystérie artistique, du côté de l'ombre ou de la lumière, est l'avenir du cinéma.

 

 

2 – Les méthodes inoffensives

 

A dangerous method : en s'emparant du mythe de Freud, Cronenberg semblait posséder son œuvre la plus profonde et tortueuse. Erreur d'analyse : le film, loin de Faux-semblants, préfère l'académique au magistral, la reconstitution d'époque à l'opéra halluciné. En se voulant didactique, il oublie que le cinéma est une pédagogie en soi. Reste le personnage de Jung, aux frontières du romanesque. Fassbender est l'acteur de 2011, loin devant Ryan Gosling.

 

Bilan : Aronofsky a tout bouffé, tout avalé du génie de Cronenberg et l'a tué.

 

 

3 – Nolan rises

 

The Dark Knight Rises : le film le plus attendu de 2012. Les premières minutes, ébouriffantes, ridiculisent Tom Cruise en montrant le nouveau méchant (Tom Hardy) s'évader d'un avion en plein vol. Beaucoup de buzz, d'effervescence pour une suite qui a peu de chances d'égaler le ténébreux, désespéré Dark Knight.

 

Bilan : la punition de la stratégie du bulldozer (Inception), c'est qu'il faudra taper toujours plus fort. Enfin une méthode dangereuse.

 

DKR-Football.png

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article
8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 22:05

fassbender shame

 

Esthétiquement, Shame est un sans-fautes. Chaque plan, chaque regard est d'une élégance, d'une intensité rare. Périple stylé de la tourmente, le film électrise de bout en bout sans toutefois parvenir à crever la glace, à déchirer l'écran.


Shame ne justifie pas son titre tant que ça. Eyes Wide Shut, le plus mystique et le plus troublant des Kubrick, allait tellement plus loin, sondait tellement plus profond, filait le strident des violons jusqu'à effleurer des contrées enfouies, inexplorées. La scène où Tom Cruise, perdu quelque part entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, découvre son visage devant une foule de masques mystérieux, en suggérait tellement plus sur le sujet alors qu'il en montrait beaucoup moins. C'est tout l'inverse dans Shame, où les corps sont largement exposés (Michael Fassbender le premier), le sexe étant néanmoins filmé avec une grâce exceptionnelle. Transporté par une musique grave, Fassbender, sombre ou lumineux, ne se met pas seulement à poil, il se livre réellement à la caméra, semble brûler de l'intérieur, avec ce sens de la retenue qui depuis X-men (sans jeu de mots) le rend si magnétique. Son personnage, Brandon, ne semble pas fondamentalement mauvais, seulement perdu dans (par) cette ville qu'il parcourt de long en large (surtout en long), bouffé, dévoré par le cercle vicieux du désir et de la consommation. Incapable de trouver du sens, il est voué à la répétition de la même histoire, de la même conquête, du même coup de rein.


Dommage que la lenteur du film, qui lui donne paradoxalement toute sa force de pesanteur, empêche l'exercice de devenir chef d'oeuvre. Shame se consume/consomme en permanence mais ne s'enflamme jamais totalement, comme prisonnier de sa texture de papier-glacé. Peut-être aurait-il fallu craquer, tout péter, violer le style pour le transcender encore.

 

4 étoiles

Published by Gabriel - dans Ciné
commenter cet article

  • : CINEPOLIS
  • CINEPOLIS
  • : Enfin un blog sérieux.
  • Contact

« Quand un film a de la substance ou de la subtilité, on ne peut jamais en parler de manière complète. C’est souvent à côté de la plaque et forcément simpliste. La vérité a trop de facettes pour se résumer en cinq lignes. Généralement, si le travail est bon, rien de ce qu’on en dit n’est pertinent. » Stanley Kubrick

Recherche