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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 14:42

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Vanté partout pour son réalisme, c'est au contraire dans sa dimension onirique, irréelle, symbolique que Gravity transcende et emporte.

 

Certes, la structure du film se calque sur une certain format commercial (survival claustrophobique classique et interminable), mais Cuaron fait tout pour ralentir l'action, laisse traîner les instants de flottements, appréciant le moindre détail, des premiers rayons de soleil au vol d'une larme en apesanteur.

 

Ce qui aurait pu n'être qu'un froid périple de science-fiction se confond avec un rêve torturé, quête psychanalytique, voyage au bout de la nuit et renaissance.

 

Entre la vie, la mort, l'immense et le néant, le traumatisme suit son chemin jusqu'au réveil final, somptueux, où tout éclate, où tout éclot.

 

Citant Méliès et Kubrick, le réalisateur du déjà fort Children of Men joue avec tous les codes traditionnels du cinéma (le son, la caméra, le rythme), le réinvente tout entier.

 

Film intime et total, odyssée de la vie et thriller en apné, Cuaron réussit la synthèse du rythme et de la pure contemplation, comme retenu, happé dans ses élans narratifs par une sourde gravité, une force venue d'ailleurs et qui le dépasse.

 

3 étoiles

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 15:20

Et si La vie d'Adèle dépassait le naïf conte amoureux ?

 

Lecture sociale d'un film sentimental...

 

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C'est qu'Adèle est un personnage formidable, complexe et perdu, moche et magnifique à la fois, qui ne semble vouloir rentrer dans aucune case, correspondre à aucune étiquette.

 

Adèle c'est un peu une fille à l'ancienne, qui aime les enfants, la cuisine et les pâtes bolo. Emma c'est une culturo-mondaine (Sartre...), finalement assez capricieuse et superficielle (Seydoux, quoi).

 

Triste réalité, deux morceaux de femmes, deux faces d'une même pièce, qu'au-delà de leur attirance viscérale tout oppose.

 

La confrontation d'Adèle à cet être aux cheveux bleus, lesbienne issue d'un imaginaire soixante-huitard presque caricatural, est pour elle une chance fantastique de s'élever, autant qu'un tragique accident qui la renverra à ses origines sociales/culturelles.

 

Leur histoire dépasse l'amour et l'homosexualité, faux sujet du film : c'est quand Emma veut pousser Adèle à rentrer dans son milieu (scène clé des délires philosophiques en soirée où Adèle est mal à l'aise), à adopter ses valeurs (le « tu devrais plutôt écrire... » plein de mépris), que le spectateur comprend que la relation est vouée à l'éclatement.

 

Dans la sueur, dans les larmes et dans la morve, Adèle apprend, vit et devient, ressort de l'épreuve plus grande et plus belle, ne sachant toujours pas vraiment qui elle est, mais semblant avoir intégré dans la douleur le fossé qui la séparait d'un autre monde.

 

3 étoiles et demi

 

 

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 01:31

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Dites-vous que c'est l'esthétique de Drive, mais en beaucoup plus fort. Only God Forgives est plus radical, plus sombre, plus violent.

 

On a dépassé l'exercice de style un peu toc (Drive). On a sombré dans le pulsionnel virtuose.

 

C'est une succession de plans brûlants, solennels, vampirisés par une bande sonore grondante, sentencieuse. Les personnages semblent figés, glacés dans leur élan vers leur propre destruction. La composition monte en tension jusqu'au silence final, jusqu'au dernier tranchement de bras.

 

Transe hypnotique, descente aux enfers ou simple démonstration de puissance d'un boss thaï, le film ne raconte rien mais sculpte chaque mouvement, éveille le bourdonnement des sens, canalise par la maestra du montage la violence qu'il voudrait saisir et magnifier.

 

Une œuvre sensorielle intense, visuellement somptueuse, qui se sert de vagues conflits oedipiens pour sonder des émotions primitives, à l'écran sublimées.

 

Point d'analyse valable, point de cérébral, juste du cinéma dans ce qu'il a de plus brut et de plus épuré.

 

Alors, si only God forgives, qu'il veuille bien pardonner le sacrifice du scénario (sur l'autel du spectacle) - car ici c'est rendez-vous avec le diable. 

4 étoiles

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 12:38

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Après deux films d'échauffe, le premier ayant indéniablement plus de contenu et de fureur que le deuxième (pourtant plus enthousiasmant techniquement), Dolan s'attaque enfin à un vrai projet de gueule et d'envergure.

 

Le film de gay, qui n'a plus grand chose de transgressif désormais, laisse la place au film de trans autrement plus osé, original et tabou.

Première réussite du film : Melvil Poupaud donne sympathie et consistance à un rôle que Louis Garrel aurait massacré d'un regard.

 

Transformation progressive, accomplissement et déchéance, d'un mec qui a eu les couilles de ne plus les porter.

 

Véritable tour de force du scénario, qui dépasse les limites du logiciel de Dolan (toujours coincé dans son œdipe : Poupaud joue quand même un pleurnichard qui ne cesse de coller sa mère) et qui transcende ce héros/cette héroïne dans la trajectoire, sublime, d'un couple en péril.

De A à Z, de la genèse au déchirement, le film ravage dix années d'amour et de haine, de glorieux sommets et de douloureux échecs. C'est profond, inspiré, épique, fatal.

 

Volant la vedette à Melvil, Suzanne Clément, héroïne dolanienne totale (filmée sous toutes les coiffures, de dos ou au ralenti, sous la douche ou se prenant des trombes d'eaux sur le canap) est totalement éblouissante, elle crève l’abcès, elle crève l'écran.

 

Une question idéologique cependant : droit à la différence ou droit à l'indifférence ?

 

C'est un peu capricieux, bourgeois aussi (univers chic), beaucoup trop long (problème de construction dramatique), mais qu'est-ce que c'est beau : sens du cadre poussé à la perfection, jusqu'à l'ivresse peut-être, couleurs pop et costumes savants, musiques entraînantes sur images découpées, sculptées dans la fulgurance de l'instant.

 

Du Dolan anyways, mais du Dolan à son meilleur.

 

4 étoiles

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 13:38

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1 – Apologie de l'excès

 

Black Swan : chef d'oeuvre absolu d'Aronofsky, intense et vénéneux. Natalie Portman, élevée en icône sexuelle, fragile, malade, déchire l'écran pour conquérir sa part d'ombre, dans la fièvre et dans le sang.

 

Tree of Life : transe mystique élevée au rang du cinéma, avec tout ce que cela comporte de rituels, de croyances et de bêtise humaine. Terrence Malick remonte le temps jusqu'à la source de ses mystères, sniffe la lumière et se perd dans l'aveuglant de l'inconnu.

 

Bilan : l'hystérie artistique, du côté de l'ombre ou de la lumière, est l'avenir du cinéma.

 

 

2 – Les méthodes inoffensives

 

A dangerous method : en s'emparant du mythe de Freud, Cronenberg semblait posséder son œuvre la plus profonde et tortueuse. Erreur d'analyse : le film, loin de Faux-semblants, préfère l'académique au magistral, la reconstitution d'époque à l'opéra halluciné. En se voulant didactique, il oublie que le cinéma est une pédagogie en soi. Reste le personnage de Jung, aux frontières du romanesque. Fassbender est l'acteur de 2011, loin devant Ryan Gosling.

 

Bilan : Aronofsky a tout bouffé, tout avalé du génie de Cronenberg et l'a tué.

 

 

3 – Nolan rises

 

The Dark Knight Rises : le film le plus attendu de 2012. Les premières minutes, ébouriffantes, ridiculisent Tom Cruise en montrant le nouveau méchant (Tom Hardy) s'évader d'un avion en plein vol. Beaucoup de buzz, d'effervescence pour une suite qui a peu de chances d'égaler le ténébreux, désespéré Dark Knight.

 

Bilan : la punition de la stratégie du bulldozer (Inception), c'est qu'il faudra taper toujours plus fort. Enfin une méthode dangereuse.

 

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 01:07

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The Artist semblait être un suicide commercial. Quel intérêt de sortir de l'ombre tout ce pan perdu du cinéma sachant que, définitivement mort et enterré, rien ne le relèverait jamais ? Hazanavicius réussit le pari lorsqu'il puise sa force dans le fond, avant de l'étirer dans la forme. The Artist peut se voir non pas comme un « film muet », genre dépassé, mais comme un film sur le muet. Comme un film qui raconte, avec ses outils cinématographiques, le plus grand tournant que le cinéma n'ait jamais connu de son histoire.

 

Loin de jouer au numéro pastiche, Hazanavicius éclate tous les codes : c'est la forme qui vient exprimer le fond (et non l'inverse comme l'on s'y attendait), son message étant aussi son médium. Le film raconte, par le noir et par le blanc, par le son et par le silence, l'amour impossible de deux stars qui se croisent et qui s'éloignent, de deux cinémas qui se percutent et qui se tuent. L'un se tait, l'autre parle, et il n'y a rien à faire. Folle idée alors que d'utiliser le muet comme d'une arme, comme d'un outil d'expression qui vient faire parler cette histoire, cette chute de rêves, cette déchéance de talents, avec ses tripes, avec le brûlant d'un regard. Le film brille par sa propre intelligence à se concevoir lui-même comme objet, jouant sans cesse avec notre perception (le son est tantôt absent alors qu'on l'attendait, tantôt apparaît-il par effraction, anormal, en cauchemar). En cela, The Artist n'est pas tellement un « film muet », bien que ce soit la forme qu'il revêt. Certes habité par la nostalgie de la pellicule, c'est un film profondément moderne, dans ses moyens de communication et dans son sens. Sous ses allures ringardes, The Artist paraît alors innovant, reconstituant les codes pour mieux les briser et ainsi de suite (cercle infini).

 

Qu'est-ce que The Artist, alors ? Un film à la cohérence fond/forme éblouissante, qui a la capacité technique et conceptuelle de se répondre à lui-même, à plusieurs niveaux, et par là de s'interroger lui-même. Un film qui parle du cinéma avec du cinéma, un film muet qui parle de lui-même et de tout ça, un vieux film comme on en fait plus parce qu'il n'en est pas un vraiment. Un inclassable qui, par son charme irrésistible, a peut-être touché du doigt ce que le cinéma a toujours su dire et ce que personne n'a jamais pu exprimer.

 

3 étoiles et demi

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 03:46

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C'est son dernier film, son dernier soupir, et c'est aussi l'aboutissement de toute une œuvre qui révolutionna le cinéma en profondeur. Toute la puissance de Kubrick est d'utiliser les outils cinématographiques pour se connecter avec le spectateur. Il y a, dans sa façon de fabriquer ses scènes (mouvements de caméra qui servent d'emphases, gimmicks musicaux), l'ambition permanente de fabriquer du culte et du mystique. Lorsqu'il révolutionne des genres (2001, Shining, Eyes Wide Shut), Kubrick ne se contente pas de faire des beaux films, qui se regarderaient unilatéralement : il fait des films qui veulent plaire (ou choquer), qui veulent séduire le spectateur, l'interroger, le torturer - des films actifs, des films interactifs...

 

Eyes Wide Shut est complètement dans cette veine. C'est plus complexe qu'un American Psycho (comparable sur certains points), puisque les frontières avec la réalité (laquelle ?) ne sont pas à discerner : il n'y en a pas. Kubrick nous plonge la tête dans le cinéma, et l'on assiste alors, sans que l'on ne nous dise rien, au déploiement irréversible du monde intérieur (celui des fantasmes) sur le monde extérieur. Eyes Wide Shut, avant d'être une dissertation sur le désir et l'interdit, est un voyage intense et tortueux dans l'univers intérieur d'un mec qui se perd, ténébreuse et fascinante descente dans les abysses d'un inconscient qui petit à petit perce la surface. L'expérience la plus étrange, et éblouissante, se subit de plein fouet dans la scène de l'orgie masquée. Il y plane un mélange d'inquiétude et de fantasme latent, sentiment bizarre, mystérieux, profondément perturbant mais qui contient sa part de magnifique, parfaitement retranscrit par la musique qui transcende cette formidable démonstration de cinéma, cinéma qui peut condenser avec l'élégance des sommets toutes les entailles et les entrailles de la psyché humaine. L'image du masque vénitien colle très bien à cette ambiguïté (c'est par le port d'un masque qu'on pourrait faire tomber ses propres masques), ce qui permet aussi de superposer les niveaux de lectures, au niveau du récit, au niveau des sensations (masques à la fois décalés et terrifiants - mais ne contiennent-t-ils pas une grande honte ?), au niveau de la symbolique (identité), voire de la dénonciation (l'orgie se passe dans un milieu de bourgeois et de puissants).

 

Odyssée d'un pêché qui ne sera jamais que fantasmé, Eyes Wide Shut est une œuvre sensuellement bouleversante, intime et grandiose à la fois, impeccable dans sa mise en scène, dans son style de narration (toujours ces sentiments d'attente insupportables – mais on est loin des records de Shining dans ce domaine), dans ses mouvements et dans sa photographie (superbes éclairages bleutés et parfaitement iréels). C'est finalement en racontant la nuit, tout en délires et en rêves, d'un couple banal que Kubrick saisit enfin tout ce qu'il a tenté de capturer dans ses grandes fresques qui poursuivaient cette chimère, aspirer toute la substance de la condition humaine.

 

4 étoiles et demi

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 16:10

Inception fight 4

 

On vous a déjà saoulé avec Christopher Nolan (Inception). Promis, on va aller encore plus loin.

 

Reprenons depuis l'exercice Insomnia. Le but de ce remake semble être d'explorer en profondeur, de pousser vers l'abîme un des genres les plus classiques du cinéma, le polar. Tiré à contre-jour (le soleil ne se couche jamais dans Insomnia), le film en inverse d'emblée les codes, puisque le flic est sous les traits d'un gangster (Al Pacino) et l'assassin sous la bouille de Robin Williams. L'excès de lumière, la nuit qui jamais ne tombe, rendent impossible le discernement du noir et du blanc, du juste et de l'erreur, brouillant une frontière bien/mal perdue dans une réalité où ces deux valeurs ne s'opposent pas mais se mangent l'une l'autre, tant elles sont proches et intimement liées.

On retrouve cette ambivalence dans le dépoussiérage de la saga Batman, véritable appropriation par Nolan d'une légende. Dans Batman Begins, le paradoxe est résolu par un autre paradoxe, celui de son propre antihéros, clef de voûte qui assume cette complexité en endossant le rôle ambigu de justicier qui incarne ses propres peurs, ses propres ennemis, jusqu'à devenir le point noir de Gotham dans le ténébreux The Dark Knight, là encore partie d'échecs où le blanc tombe (« double face » : mi-blanc, mi-noir), où ce sont les ombres qui éclairent un monde gris. Cette réalité qui n'est qu'apparences et « maquillage » pour le Joker (qui brûle les billets après avoir braqué la banque) représente pour Wayne l'occasion de construire son propre sens (reconstruire Gotham, reconstruire la Justice). Là-dessus, la force de Batman est de savoir utiliser les paradoxes qui l'entravent comme d'armes pour les combattre.

 

Nolan fonce dans la perception de la réalité, dans sa construction. Son tout premier jet, Following (qui traçait déjà les grandes lignes d'Inception : Cobb pénètre les appartements à la place des rêves, mais cela revient au même) est une grande manipulation du récit (une manipulation dans une manipulation...), épatante d'intelligence et de minutie. L'expérience Memento, film (dé)monté à l'envers, démontre brillamment (par l'absurde) que la vision du monde, c'est la vision de l'observateur. Succession de post-its ici, qu'il faut reconstituer en permanence, et dont la vision globale (du film, de ses enjeux) évolue sans cesse en fonction des données qui rentrent, jusqu'au point d'interrogation final. La réalité devient les réalités, à commencer par celles des spectateurs.

On en revient au complexe illusion/réalité, chacun des deux contenant un peu de l'autre, qui sera surexploité dans le puissant Prestige, formidable morceau de métacinéma, éprouvant et stimulant, tant sa complexité recoupe tous les niveaux de réalité, jusqu'à la perception du film lui-même. Enchevêtrant les mises en abîmes (la lecture d'un journal intime, qui semble être elle-même la lecture de cette lecture), Nolan signe un film qui (le comble pour une adaptation d'un roman) parle du cinéma lui-même, de son fonctionnement profond. Du complexe illusion/réalité naît le complexe cinéma/réalité, ici magie/réalité, où là encore les deux parties sont solidement imbriquées, se nourrissant l'une l'autre. Construisant et déconstruisant le récit, poussant ses deux protagonistes, deux fous qui ne vivent que pour épater l'autre, que pour quelques applaudissements ou pour faire briller ces yeux tristes, jusqu'aux frontières du réel, au-delà de l'impossible (la magie), Nolan pianote sur la gamme de notre perception du film, qui est aussi, dans le film, la perception de la magie (est-elle vraiment possible ? Ou n'est-ce qu'un artifice de plus ?). La désillusion finale ne fait que tirer les rideaux d'une éblouissante maîtrise de ce complexe cinéma/réalité, d'un magicien qui se serait tué en révélant que son tour ne reposait que sur l'imagination de ses spectateurs.

 

Inception ne sera qu'un pas de plus. Après s'être servi des paradoxes cinéma/réalité pour redéfinir en profondeur la structure d'un film (déconstruction temporelle dans Memento, lectures qui se recoupent dans Le Prestige), ses codes (The Dark Knight et sa maturité a dynamité tout un genre de films, celle-du super-héroïsme et plus largement du blockbuster tous publics), ses styles (le « bulldozer » a de l'influence), Nolan construit un film, d'action, sur cette réalité (sur la réalité de la réalité, plus précisément), sorte de jeu-vidéo à quatre étages dressé sur une quête épistémologique perdue mais fondamentale. Ce n'est pas un film sur le rêve, c'est un film sur la réalité. Le complexe rêve/réalité (chacun étant complètement imprégné de l'autre) remplace, ou complète, le complexe cinéma/réalité. DiCaprio, perdu dans un monde qui est aussi le reflet de son propre monde intérieur (et la décomposition progressive du monde extérieur en couches de plus en plus fragiles en est un symptôme), autre complexe (je suis dans le monde qui est dans ma tête), tente de faire le lien avec la tragédie qui le fonde. Et si c'était la femme de Cobb qui avait raison, et que tout cela n'était qu'un rêve ? A ce paradoxe final, celui d'une vérité impossible à découvrir tant que l'on est enfermé dans sa subjectivité, Cobb répond par le paradoxe d'une vie qui a le sens qu'on a voulu lui donner. 

 

Courte mais riche filmographie où tout se recoupe, où tout se relie et tout s'imbrique (et il est drôle de voir les références explicites à Batman dès Following), Nolan est un peu plus qu'un réalisateur de BB (blockbusters) à la mode. Trop classique sur la forme (artistiquement), il a pourtant finement compris le fonctionnement du cinéma qu'il tourne : le film ne se passe pas sur l'écran mais (surtout) dans ta tête. Le coeur du cinéma, c'est le spectateur. Là encore, il faut enchevêtrer les niveaux de réalité, ceux du film, celui de l'écran, celui du spectateur, et Nolan innove par sa maîtrise de la structure, qu'il peut construire de manière non linéaire mais dans un système complexe de renvois, de strates en interaction permanente – Le Prestige et Inception étant les chefs d’œuvre de ce cinéma stimulant, des films qui projettent plus qu'ils ne sont projetés, des films qu'il faut reconstituer en permanence dans sa tête, des films qu'il faut construire soi-même finalement. Paradoxe.

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 13:28

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Melancholia, c'est cinq minutes de pure intensité, de superbes ralentis sculptés, figés dans la grâce d'une éternité en péril, et c'est deux heures de tragédie interminable, mal filmée, de dialogues vaseux et chiants. Tableau d'un élégant ratage.

 

Le lien peut être fait avec son concurrent à Cannes, l’immaculé Tree of Life. Les deux prennent le pouls d'un monde qui n'a pas de sens. Le sens se perd puis se conquit dans Tree of Life (avec la mort du frère), il se meurt et ravage tout dans Melancholia. Dans le premier, Sean Penn remonte le cours de son existence et le noie dans un macro-univers, le joint dans la globalité, dans la spirale du cycle de la vie, emboîte l'embryon dans la voie lactée. Dans le second, les liens entre terrestre et céleste semblent plus forts, plus complexes. Ils s'influencent. La planète Melancholia, celle de la dépression, surgit de nulle part (bien cachée derrière l'apparente chaleur immortelle du soleil), dévie de sa trajectoire et étend son ombre sur le monde (celui de Justine). On ne saura jamais si c'est Justine ou Melancholia qui a déclenché l'arrivée de l'autre, sans doute est-ce les deux, tant elles semblent soeurs, dans leur esprit et dans leur trajectoire. Les mondes intérieurs et extérieurs sont brouillés, ils ne font qu'un. Avec ce même revirement : plus la Terre (la sœur de Justine, plus terre à terre justement) se fait bouffer par Melancholia, plus celle-ci se renforce (Justine sort de sa dépression lorsque l'apocalypse est imminente). La différence entre Melancholia et Tree of Life, deux pôles opposés qui en fait s'épousent, c'est celle de l'ombre et de la lumière : le premier fait des constats réalistes, quoiqu'un peu mous (le monde est mauvais), le deuxième est plus fin, trouve le bonheur dans la famille, cherche du sens dans les arbres ou dans le ciel. Le premier se renferme dans sa coquille, emportant toute construction (la cabane, le château, le monde) dans un dernier coup de vent, alors que le deuxième rebondit et s'ouvre, chemine, pense. Construit. Le premier abandonne, se suicide, le deuxième a la foi et se relève.

 

L'attachement de Lars Von Trier au Dogme95 paraît absurde, d'autant plus qu'il en viole la moitié (à commencer par les effets spéciaux !). Le film a des qualités évidentes (les actrices sont parfaites, les décors somptueux), mais tout semble gâché (un peu comme le mariage de Justine), on se perd dans un déroulement ennuyeux, la caméra volontairement saccadée, les répliques bof. Toute l'essence de cette tragédie qui fusionne avec les éléments, avec la nuit et avec la galaxie, se concentre dans son ouverture aux mouvements gravés dans le marbre, peut-être seuls instants de grâce qui peuvent résister au carnage (celui dans le film, et celui du film lui-même) - comme quoi on peut toujours vaincre le vide et l'entropie, écrire sur une page vierge, ériger du cinéma sur de la pellicule.

 

2 étoiles

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 12:43

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Pour les retardataires, il se trouve que c'est le bordel dans la blogosphère depuis qu'Allociné, leader mondial des messages d'excuses pour les bugs de sa plateforme, a fait migrer ses fidèles vers le solide Overblog. Un changement qui saccage toute la mise en page, mais qui peut aussi être un tremplin vers quelque chose d'un peu plus abouti.

 

Fort de sa parfaitement scandaleuse barre des 100.000 visiteurs franchie malgré un contenu aussi pauvre, Cinepolis évolue histoire d'être crédible, et se dote enfin d'une adresse potable : http://lecinedegabriel.blogs.allocine.fr devient dès à présent http://cinepolis.over-blog.fr (j'insiste sur le .fr). Merci aux potos de mettre à jour le lien !

 

Hormis un bisou magique offert à celui qui m'expliquera comment virer cet affreux cadre qui entoure ma bannière made in Paint [ edit : merci mymp ], on vous promet de s'adapter et, surtout, de reprendre le fil des sorties ciné, avec son lot de blockbusters que vous détesterez, pour écrire plus, mieux peut-être, et continuer d'avancer.

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« Quand un film a de la substance ou de la subtilité, on ne peut jamais en parler de manière complète. C’est souvent à côté de la plaque et forcément simpliste. La vérité a trop de facettes pour se résumer en cinq lignes. Généralement, si le travail est bon, rien de ce qu’on en dit n’est pertinent. » Stanley Kubrick

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