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Jeudi 23 mai 2013 4 23 /05 /Mai /2013 01:31

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Dites-vous que c'est l'esthétique de Drive, mais en beaucoup plus fort. Only God Forgives est plus radical, plus sombre, plus violent.

 

On a dépassé l'exercice de style un peu toc (Drive). On a sombré dans le pulsionnel virtuose.

 

C'est une succession de plans brûlants, solennels, vampirisés par une bande sonore grondante, sentencieuse. Les personnages semblent figés, glacés dans leur élan vers leur propre destruction. La composition monte en tension jusqu'au silence final, jusqu'au dernier tranchement de bras.

 

Transe hypnotique, descente aux enfers ou simple démonstration de puissance d'un boss thaï, le film ne raconte rien mais sculpte chaque mouvement, éveille le bourdonnement des sens, canalise par la maestra du montage la violence qu'il voudrait saisir et magnifier.

 

Une œuvre sensorielle intense, visuellement somptueuse, qui se sert de vagues conflits oedipiens pour sonder des émotions primitives, à l'écran sublimées.

 

Point d'analyse valable, point de cérébral, juste du cinéma dans ce qu'il a de plus brut et de plus épuré.

 

Alors, si only God forgives, qu'il veuille bien pardonner le sacrifice du scénario (sur l'autel du spectacle) - car ici c'est rendez-vous avec le diable. 

4 étoiles

Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : 1 article = 1 film
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Dimanche 28 octobre 2012 7 28 /10 /Oct /2012 11:58

James Bond a beau vieillir (50 piges), les producteurs ne lâcheront pas la poule aux golden eggs.

L'analyse forcée de la saga, son constat nécrologique, accouche alors sur Skyfall : Bond, en scène d'introduction, reconnaît s'être fait flinguer cinématographiquement – ce sera la matrice de son nouveau scénario.

Respectant la symbolique, le générique se lance sur l'image d'un Bond qui coule et touche le fond...

 

What's your hobbie, James ? – Resurection.

 

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L'échec assumé de Quantum of Solace servira donc de base marketing pour faire tremplin et reBondir (renaissance).

Les yeux rivés sur Nolan, qui a modifié en profondeur les codes du blockbuster, Sam Mendès tente de s'adapter en pompant allègrement (de son propre aveu !) le Dark Knight : la scène du métro est un copié/collé de celle du bus dans l'opening de Nolan. Même Javier Bardem paraît parodique, prisonnier de son mentor spirituel soudain élevé en icône indépassable, le Joker...

 

Première gaffe, faire du Dark Knight un horizon, un idéal à atteindre alors qu'il fallait le dépasser sans ménagement  car ce qui flingue tout ce qui le précède (tuer le père) appelle à être flingué en retour (boucle générationnelle).

Et car ce qui était la transgression il y a quatre ans encore est devenu la norme – pour transgresser encore il faut monter le niveau, gravir les échelons, aller toujours plus loin.

 

Surtout, c'est oublier, renier comment Casino Royale, précurseur à l'époque, avait déjà fait tout le boulot (même si, en un sens, il ne faisait que se jeter dans la voie débroussaillée en amont par Batman Begins...).

Toute la valeur du film tenait donc dans le fait de jouer avec un coup d'avance : Bond avait anticipé, fait tapis et bluffé tout le monde en jouant la carte du sérieux et de l'intelligence, de la romance et du drame, révolutionnant par l'approfondissement dramaturgique tout le cinéma d'action.

 

Instant historique où les producteurs ont compris que prendre le public pour des consommateurs intelligents, exigeants en un sens, rapportait encore plus d'argent que de les prendre pour des cons – quand le cinémasse (blockbuster) s'est mis à récupérer, dans la douleur, les codes du cinéma d'auteur.

Et la transgression (la profondeur du cinéma d'auteur) devint alors la norme, avec le sombre Dark Knight. Au ciné d'auteur d'invoquer alors toute la puissance de la dialectique pour créer, innover encore...

 

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Puisqu'on remonte le processus de production, tentons d'expliquer ce qui était en train de se passer l'été dernier avec le crépusculaire The Dark Knight Rises.

Il s'agissait chez Nolan de gravir un échelon supérieur en dépassant The Dark Knight, qui lui-même avait enterré Begins : cette fois conquête, épopée d'une dimension sociale inédite dans le secteur du blockbuster – souffle historique et romanesque, qui s'ancre dans son époque et révèle les crises, les aspirations qui l'ont fait éclore.

Quand le cinéma avait les couilles d'annoncer l'orage avant les médias...

Ce projet visionnaire fut un avortement : le dernier Batman vira, à 180°, en film d'action classique (une bombe à désamorcer) et, pire, en résolution de conflits purement individuels/psychologiques (soit la mort du contenu social).

 

Comme quoi on est coincé dans l'oedipe, et à tous les niveaux : incapable de transgresser, de tuer le père (Nolan), James Bond se perd ici dans la mission la plus nase de toute son histoire – sauver M(ère).

L'erreur de Marc Foster dans Quantum of Solace était, déjà, d'avoir voulu résoudre une contradiction pourtant poétiquement posée comme une condition – gâcher un épisode entier pour se rétracter sur le deuil de Vesper, alors que Casino Royale célébrait justement ce deuil impossible comme définition fondamentale du héros (inachèvement moteur), sa matrice, son explication et sa chimère.

Dans Skyfall, on a plutôt le sentiment de gâcher le travail d'une saga entière, en faisant revenir Bond sur les lieux de son enfance pour résoudre sa condition d'orphelin – briser l'aura du mystère sans rien apporter d'épaisseur.

Ou alors, à un niveau supérieur d'analyse, c'est un symbole  celui du retour à la terre et ses racines, pour sauver sa patrie (ici la Mère) et combattre la menace globale, mondialisée, informatisée, monstre sans limites...


Episode qui a le mérite de la crise d'adolescence, de l'ébullition créatrice des errements et des métamorphoses  sensation d'un cycle qui se boucle, qui montre ses limites aussi pour annoncer sa sublimation prochaine, la venue d'un temps nouveau (dont le messie serait Nolan, déjà en discussions pour sauver la franchise, la guider vers d'autres sommets)...

 

Malgré sa subtilité, l'enjeu majeur de ce film se limiterait donc au cordon ombilical (moi/maman) : un film entier, film boucle et transition, pour que la saga comprenne qu'il est temps de grandir, de maturer vers l'âge adulte.

Le final, avec le complexe d'oedipe résolu par le remplacement d'un nouveau M, figure cette fois paternelle, promettant peut-être le passage à un stade supérieur, pleinement ouvert sur le monde extérieur et ses chaos.

Alors, James Bond reviendra...

 

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Là où Mendes foudroie vraiment tout le champ du blockbuster, c'est sur un aspect typiquement d'auteur et encore jamais foulé par Nolan – la photographie. Plans somptueux, ravissants, cadrages et mouvements d'une propreté impeccable, Sam introduit le soin dans le mainstream, et déploie dans certaines scènes virtuoses toute sa maîtrise de la montée en tension.

C'est toute l'histoire du blockbuster qui bascule lors de ces quelques mots de poésie, purs moments d'héroïsme, récités sur un montage alternatif emphatique, James Bond courant vers son destin face caméra... 

Beh alors ! ça vous coûtait tellement plus cher, un peu d'âme dans vos machines cinématografric hein ?

 

Avec la (petite) révolution esthétique, on a franchi un nouveau pas dans le processus historique de sérieux qui transforme les codes du blockbuster en profondeur.

Aux autres de plier, suivre le tracé, et aux hardis d'avancer encore pour monter toujours plus haut dans le ciel, toucher du doigt le grandiose avant que tout fatalement ne s'effondre  Skyfall.


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3 étoiles et demi

 

Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : 1 article = 1 film
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Mercredi 1 août 2012 3 01 /08 /Août /2012 12:38

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Après deux films d'échauffe, le premier ayant indéniablement plus de contenu et de fureur que le deuxième (pourtant plus enthousiasmant techniquement), Dolan s'attaque enfin à un vrai projet de gueule et d'envergure.

 

Le film de gay, qui n'a plus grand chose de transgressif désormais, laisse la place au film de trans autrement plus osé, original et tabou.

Première réussite du film : Melvil Poupaud donne sympathie et consistance à un rôle que Louis Garrel aurait massacré d'un regard.

 

Transformation progressive, accomplissement et déchéance, d'un mec qui a eu les couilles de ne plus les porter.

 

Véritable tour de force du scénario, qui dépasse les limites du logiciel de Dolan (toujours coincé dans son œdipe : Poupaud joue quand même un pleurnichard qui ne cesse de coller sa mère) et qui transcende ce héros/cette héroïne dans la trajectoire, sublime, d'un couple en péril.

De A à Z, de la genèse au déchirement, le film ravage dix années d'amour et de haine, de glorieux sommets et de douloureux échecs. C'est profond, inspiré, épique, fatal.

 

Volant la vedette à Melvil, Suzanne Clément, héroïne dolanienne totale (filmée sous toutes les coiffures, de dos ou au ralenti, sous la douche ou se prenant des trombes d'eaux sur le canap) est totalement éblouissante, elle crève l’abcès, elle crève l'écran.

 

Une question idéologique cependant : droit à la différence ou droit à l'indifférence ?

Scène insupportable où une pauvre serveuse s'en prend plein la gueule pour avoir posé une question : ou comment, en pensant s'en émanciper, rester prisonnier de la tyrannie du conformisme...

Après tout, c'est vrai que c'est spécial - pourquoi ne pas revendiquer la trangression plutôt que la norme ?

 

C'est un peu capricieux, bourgeois aussi (univers chic), beaucoup trop long (problème de construction dramatique), mais qu'est-ce que c'est beau : sens du cadre poussé à la perfection, jusqu'à l'ivresse peut-être, couleurs pop et costumes savants, musiques entraînantes sur images découpées, sculptées dans la fulgurance de l'instant.

 

Du Dolan anyways, mais du Dolan à son meilleur.

 

4 étoiles

Par Gabriel - Publié dans : Ciné - Communauté : 1 article = 1 film
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Mercredi 25 juillet 2012 3 25 /07 /Juil /2012 23:15

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The Dark Knight Rises... Rises surtout au box-office...      

 

3 étoiles et demi

 

Défi dangereux, courageux en un sens, vu le succès du précédent volet, d'emmener Batman se perdre vers d'autres sommets, se briser une dernière fois pour se relever, se révéler encore.

Nolan, futé, esquive ainsi le piège tendu – et auxquels tous les producteurs se précipitaient la tête la première – de réutiliser la recette Dark Knight avec un autre taré (pingouin, homme mystère ?) qui se serait, fatalement, écrasé sur l'ombre d'Heath Ledger.

 

Incroyablement ambitieux, pointant vers d'autres trajectoires, ce film s'annonçait plus excitant que tout ce qui avait été fait auparavant dans le champ des super-héros : Nolan se comparait déjà à Dickens (A Tale of Two City) et Lang (Metropolis), le furieux Bane censé incarner le Robespierre qui ferait tout péter, sondant les profondeurs du rôle d'un Batman alors forcé de se réinventer.

 

Désillusion révolutionnaire : The Dark Knight Rises, loin de tout basculer, reprend la trame de la moins bonne moitié de Batman Begins et, à force de vouloir tout relier, perd ses plumes dans un odieux bricolage de flashes-back.

Lorsque la première partie du film (plus polar, très réussie) se clôt, tout l'enjeu se concentre alors, notez la symbolique, sur le désamorçage d'une grosse bombe...

 

Constat badant : l'épisode le plus riche en spectacle et en émotions est aussi le plus pauvre en contenu.

Déception de voir dépasser de vieilles ficelles dans l'histoire, amplement comblée par un embrasement symétrique du récit – montée en tension, explosion de l'action dans un Gotham au fond du gouffre.

 

Blockbuster intégral (mais sérieux) qui n'hésite pas à puiser dans les recettes habituelles de fin de trilogie, sauvé par deux nouveaux persos formidables : l'intuitive Anne Hathaway, féline jusque dans ses mouvements, et surtout Tom Hardy, titanesque, qui écrase l'écran par sa voix surtravaillée.

Bane, pure brute à l'esprit froid mais fin, procure au spectateur ce rare sentiment d'insécurité physique – colosse enragé qui partage avec Batman la tragédie fondamentale du masque comme solution.

 

Alors que le film démarre en trombe, avec prologue canon et installation de l'intrigue par un Nolan en pleine possession de ses capacités (il y a du Dom Cobb dans Catwoman, il y a du Howard Hughes dans Bruce Wayne), l'arrivée en prison vire au bordel scénaristique, sensoriellement puissant mais truffé d'incohérences, de facilités et de twists ringards.

 

Déception de luxe justifiée par le fait que Nolan avait mis haut la barre avec la rigueur extrême, maladive du scénario d'Inception, programme lancé comme une machine à toute allure et au déroulement mécanique, inexorable, grandiose.

Mais Following, lui aussi écrit exclusivement par Nolan, était déjà parfaitement rôdé, au climax fort, précis et sans fioritures...

 

De ce bulldozer marketing vrombrissant restera, peut-être, ces images évocatrices d'un Wall Street mis à sac, de tribunaux populaires à l'arrache, d'un drapeau américain en lambeaux.

Quant à la fin de The Dark Knight Rises, elle est    

    nooooir 

 

Par Gabriel - Publié dans : Ciné
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Mardi 10 juillet 2012 2 10 /07 /Juil /2012 23:55

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Toujours la même scission pitoyable entre le film d'auteur forcément intellectuel (surtout si on y comprend rien – cela doit être du haut niveau), et le blockbuster populaire dont c'est à peine si la catégorie mérite d'être apparentée au septième art.

 

L'analyse de tout le cinéma post-nouvelle vague tend plutôt à démontrer le contraire : absence de toute conscience politique et sociale pour un art bourgeois qui s'élève et culmine, c'est vrai, à des sommets d'esthétisme.

Le concept dans le film d'auteur se limitant souvent au concept cinématographique - dans la fulgurance d'une scène, d'une vision, quand la maîtrise technique pète au regard.

Parce qu'Holy Motors est plutôt dans la catégorie « film d'auteur qui contient moins de réflexion qu'Amazing Spiderman » ...

 

Dans le blockbuster, le cinéma au moins c'est l'émotionnel. Dans Holy Motors, tout l'émotionnel est réduit à la stimulation sensorielle (le film n'a pas d'âme) : mais alors pourquoi ce choix de se retenir autant sur le plan pulsionnel ? Pourquoi ne pas débrider les sacrés moteurs (eux aussi ils sont maudits?) ?

Perdu par l'ambition de faire un film intellectuel (dont il n'a pas la matière, peut-être pas les moyens), alors qu'un bordel esthétique aurait largement fait l'affaire, Carax, poseur prétentieux, ne raconte en fait pas grand chose sur le cinéma de l'Identité, sur l'identité du Cinéma (facettes, masques et paillettes).

 

Tout au plus, trois scènes d'une qualité transcendante peuvent justifier un anti-destin cinématographique : combat puis baise en motion-capture, entracte à l'accordéon qui brise le silence d'une église, puis dernière séquence, savamment absurde, ou l'on peut voir la gueule de la famille...

 

Pour avoir le privilège d'être « maudit » et pas seulement un nase, déjà faut-il être subversif - mériter malédictions et châtiments.

 

Est-on toujours « artiste maudit » quand son film de merde est vanté par tous les médias, et boudé par tous les spectateurs ?

 

2 étoiles

Par Gabriel - Publié dans : Ciné
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« Quand un film a de la substance ou de la subtilité, on ne peut jamais en parler de manière complète. C’est souvent à côté de la plaque et forcément simpliste. La vérité a trop de facettes pour se résumer en cinq lignes. Généralement, si le travail est bon, rien de ce qu’on en dit n’est pertinent. » Stanley Kubrick

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